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>>> Congrès mondial des bibliothèques et de l'information : 73e congrès de l'IFLA et assemblée générale, Durban, Afrique du Sud, 2007

 

"Bibliothèques du futur, progrès, développement et partenariats"

19-23 August 2007, Durban, South Africa


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Comptes rendus des boursiers français

Section des bibliothèques pour enfants et adolescents par Soizik JOUIN

Venant d’être élue au Comité permanent des bibliothèques pour l’enfance et la jeunesse, j’ai pu participer pour la première fois à un congrès de l’IFLA. J’ai trouvé l’expérience particulièrement riche et passionnante.

Le Comité permanent des bibliothèques pour l’enfance et la jeunesse section a élu cette année une nouvelle présidente Ingrid BON (Pays-Bas)qui a remplacé Ivanka STRICEVIC (Croatie). Ingrid BON était auparavant secrétaire du comité et a été remplacée par Viviana QUINONES (France).

Le comité compte actuellement 17 membres de pays très divers (Singapour, Japon, GB, USA, Italie, Danemark..). 13 étaient présents à Durban. Il est à noter qu’il y a deux membres français, ce qui n’est pas si courant dans les comités, et que l’un deux (Viviana Quinones de la Joie par les Livres) est secrétaire du comité.

La section compte actuellement 101 membres mais il serait souhaitable qu’il y ait plus de membres de pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Ce comité est très actif toute l’année, communique beaucoup via Internet ( il a mis sur pied une liste de diffusion pour les membres de la section) et travaille sur de nombreux dossiers. Une réunion des membres a lieu chaque année en Mars, elle s’est déroulée cette année à Moscou et j’ai pu y assister.

Compte-rendu des réunions du comité permanent

Publications et traductions :

Le guide « Recommandations concernant les services offerts dans les bibliothèques aux enfants en bas-âge » a été traduit en français, espagnol et russe. Toutes les versions seront bientôt sur IFLANET. Il faut maintenant les faire traduire dans le maximum d’autres langues…Les autres guides : « Recommandations concernant les services offerts dans les bibliothèques pour enfants » qui existe en 16 langues, «  Recommandations concernant les services aux adolescents » (15 langues) sont disponibles également sur l’IFLANET (avec d’autres documents. http://www.ifla.org/VII/s10/index.htm#Newsletter

Les membres du Comité font également des rapports annuels sur la situation des bibliothèques et de la littérature jeunesse dans leur pays et sur les pratiques particulièrement intéressantes ou innovantes concernant   l’accueil des différents types de public   (« best pratcices » , en lien avec les différents guides. Ils peuvent être consultés sur la lettre d’information sur IFLANET http://www.ifla.org/VII/s10/index.htm#Newsletter

Le guide   « Recommandations concernant les services aux adolescents » va être révisé et remis à jour. Il sera présenté au Congrès de Québec

Nous avons commencé à travailler sur des recommandations concernant « Internet et les bibliothèques pour la jeunesse »  Ce texte sera rediscuté (c’est un sujet sur lequel il y a beaucoup à dire !) lors de la réunion   de Mars, qui aura lieu en 2008 à Copenhague.

Préparation du congrès de Québec

Le congrès 2008 de l’IFLA aura lieu du 10 au 14 Août 2008 à Québec. Il y aura un pré-congrès à Montréal, organisé conjointement par les   sections bibliothèques publiques, bibliothèques pour enfants et Gestion et marketings   du 5 au 7 Août.

Son thème sera « Cap sur jeunes : en cette ère technologique, comment les bibliothèques peuvent-elles attirer et garder les jeunes ?  (« jeunes » : 11-17 ans). Il y a une très volonté de la part des organisateurs d’en faire un congrès où la francophonie et le français auront une place importante. Ils souhaitent donc vivement des communications francophones. Il faut donc mettre au point une stratégie pour inciter nos collègues à proposer des communications (annonces dans biblio-fr, bibliopat, à l’ABF et dans les autres revues professionnelles, dans les sites et revues de littérature jeunesse, etc..

  Ce serait également une occasion de mieux leur faire connaître l’IFLA, qui semble assez mal connu, surtout dans les bibliothèques publiques. Mais il faut faire vite : pour le pré-congrès, les propositions sont à faire avant le 1er Novembre.

On peut remarquer que pour Durban presque toutes les communications de la section bibliothèques pour enfants ont été traduites en français.

Pour le congrès de Québec, la section proposera un atelier « hors site » (c’est à dire dans une bibliothèque et non dans l’enceinte du Congrès) sur le thème « Comment faire monter à bord les plus jeunes le plus tôt possible ». Le thème pour la journée réservée à la section   sera autour des nouveaux horizons des bibliothèques et des outils dont nous avons besoin pour naviguer vers ces horizons…

Les partenariats

The International Children Digital Library (ICDL) a fêté ses 5 ans au congrès de Durban. Elle a pour but de proposer gratuitement en ligne des livres d’enfants remarquables dans leur langue d’origine. Elle compte actuellement 1600 livres en 38 langues dans le malais, le mongol et autres langues rares. La section des bibliothèques pour enfants a soutenu ce projet dès sa création en 2002, et ses membres ont beaucoup contribué à ce que des éditeurs, auteurs, bibliothécaires s’intéressent au projet et proposent des livres à mettre en ligne.

On peut trouver plus de détails sur cet intéressant projet dans la communication (traduite en français par Katia Fondecave) de Ann CARLSON WEEKS et Pam BERGER « La bibliothèque internationale numérique pour enfants : utiliser la technologie pour développer l’accès des enfants aux livres à travers le monde »

J’insiste sur ce projet car ce site, qui peut servir à des animations et être exploité de très nombreuses façons en bibliothèque ou dans le milieu scolaire (en particulier en permettrant aux enfants d’origine étrangère de lire des livres dans leur langue, de comparer la lecture « papier » à la lecture sur écran, etc..) n’est pas assez connu et doit être mis en avant..

On peut regretter qu’il n’y ait pas plus de livres français (12 à l’heure actuelle dont un d’un auteur allemand et « Le corbeau » d’Edgar Poe traduit par Mallarmé..( !) Il semble que les éditeurs soient réticents à confier leurs livres, même si le téléchargement est impossible.

IBBY

Une collaboration officielle est maintenant en place entre l’IFLA, IBBY (International Book Board for Youth), et l’IRA (International Reading Association) pour que les représentants respectifs de ces associations aient mission, si nécessaire, de représenter l’ensemble de ces trois associations aux intérêts souvent communs. Un protocole d’accord a été signé et un mémorandum publié. Le prochain congrès   aura lieu   à Copenhague en Septembre 2008, Ingrid Bon et peut-être d’autres membres de la section représenteront l’IFLA

ALMA :

Le prix Astrid Lindgren est décerné par la Suède. La section des bibliothèques pour la jeunesse de l’IFLA est une des institutions internationales qui peut proposer des candidatures en matière d’encouragement à la lecture des enfants : pour 2007, c’est le projet vénézulien « Banco del libro » qui a été primé. Il faut maintenant faire des propositions pour 2008.

Les visites de bibliothèques

Il n’a malheureusement pas été possible de visiter beaucoup de bibliothèques : le nombre de places étant très limité, les visites étaient très vite complètes. J’ai pu tout de même visiter deux bibliothèques dans les townships, où , dans un rayon de 30 kilomètres entourant Durban, on trouve 87 bibliothèques de quartier.

Nous avons visité les bibliothèques du township de Clermont et de Qashana Khuzwayo. Elles sont toutes deux récentes et bâties sur le même modèle : très hautes de plafond, claires, aérées, avec une seule très grande salle avec la section adulte d’un côté et la section jeunesse de l’autre. Les livres sont majoritairement en anglais, mais il y a une section de livres en zoulou et dans les 9 autres langues officielles de l’Afrique du Sud.

Elles sont informatisées et prêtent des livres, des revues, des cassettes vidéo et des CD. Celles que nous avons visité proposaient  quelques accès Internet avec une aide à la recherche d’emploi et à la   création de micro-entreprises.

Les sections jeunesse proposent des heures du conte, des animations diverses et on cherche à encourager au maximum les enfants à lire ; on trouve sur un des murs de la bibliothèque de Clermont un grand panneau intitulé « Bookworm Club » avec le nom de tous les jeunes lecteurs : quand ils ont fini de lire un livre, on ajoute une étoile d’or à côté de leur nom…

Dans ces deux bibliothèques (et semble-t-il dans presque toutes les bibliothèques publiques de la région) on trouve des panneaux sur les dangers de la drogue et surtout du SIDA qui ravage le pays et frappe 20 % des 15-49 ans : il y avait en 2006 47 millions de sud-africains, mais les experts pensent qu’ils risque de ne plus y en avoir que 35 millions en 2025 ! Au niveau de l’espérance de vie, le pays est classé parmi les 30 derniers au monde.

Ces bibliothèques sont très agréables et très fréquentées, mais les bibliothécaires se plaignent que les usagers, qui vivent entassés dans des cabanes sans eau ni électricité,   les utilisent surtout pour travailler dans de bonnes conditions et n’empruntent pas suffisamment, ce qui pose des difficultés car les subventions sont souvent basées sur les chiffres de prêt…

Les communications

La totalité des communications étant disponibles sur IFLANET (ou sur le CDROM remis au centre de documentation des métiers du livre situé dans la   Bibliothèque Buffon) il semble inutile de les résumer.

J’ai été particulièrement intéressée par les communications sur les bibliothèques des pays en voie de développement qui, avec les moyens du bord et beaucoup d’ingéniosité et d’enthousiasme, réussissent à mener à bien des projets innovants et utiles :

1. Celui de la bibliothèque du township d’Alexandra, un des plus pauvres de la région de   Gauteng (Afrique du Sud) qui est devenue un modèle de bibliothèque pour une société multiculturelle
Florence MDLULI « Animer une bibliothèque pour enfants dans un milieu culturel et multilingue » Réunion 121
http://www.ifla.org/IV/ifla73/Programme2007.htm

2. Le projet « Lubuto » qui construit en Zambie des bibliothèques où les orphelins et les enfants des rues peuvent trouver des livres bien sûr, mais aussi un abri et des personnes qui s’occupent d’eux. La première de ces bibliothèques était logée.. dans un container de bateau !
Patricia MULLER et Barbara GENCO « Les réponses des bibliothèques aux enfants défavorisés : deux programmes modèles » Réunion 128
http://www.ifla.org/IV/ifla73/Programme2007.htm

3. L’idée toute simple mais visiblement excellente de la « Tzannen Library » (Afrique du Sud) qui a proposé à des collégiens de faire de la « lecture à deux » de livres d’images avec des enfants de travailleurs agricoles d’une tout petite école de brousse . Cela a permis d’améliorer leurs compétences de lecture et surtout leur à fait découvrir le plaisir de lire aux élèves.. mais aussi souvent aux très jeunes professeurs
C.J. NEL « La lecture à deux : une incitation au plaisir de lire par des cours de soutien aux enfants de travailleurs agricoles dans la région du Greater Tzannen » Réunion 128-3 division 3
http://www.ifla.org/IV/ifla73/Programme2007.htm

4. Le projet « Chenille » qui utilise un système de boîtes d’étagères pliantes pour faire parvenir des livres à des communautés africaines (Kenya, Swaziland, Malawi) isolées
Ian STRINGER « De la chenille au papillon : le projet « Chenille de l’IFLA »Réunion 128-4 Division 3 (4)
http://www.ifla.org/IV/ifla73/Programme2007.htm

5. Un projet de la « bibliothèque postale Clearvision » (Grande-Bretagne) qui a créé et prête une collection d’un millier de livres tactiles pour enfants aveugles ou mal-voyants, dont la plus grande parti sont conçus et fabriqués par des bénévoles
Marion RIPLEY « Création d’une collection de prêt de livres avec illustrations tactiles pour jeunes enfants avec un handicap visuel » Réunion 156
http://www.ifla.org/IV/ifla73/Programme2007.htm

En conclusion, je peux dire que ce congrès a été une très riche expérience, tant sur le plan des communications, qui ouvrent beaucoup de pistes et permettent de réfléchir sur nos missions que sur le plan des rencontres professionnelles qui ont été d’une grande richesse et qui permettent réellement de s’ouvrir au monde. On ne peut que souhaiter que de plus en plus de bibliothécaires de lecture publique français, encore assez peu présents,   adhèrent à l’IFLA, s’intéressent à ses travaux et participent aux congrès.

Soizik JOUIN
Réseau des bibliothèques de la Ville de Paris
Médiathèque CHAPTAL
Soizik.jouin@paris.fr

Compte rendu de Michèle Battisti (ADBS)

Chargée de veille juridique à l’ADBS, mon attention s’est portée d’abord sur les sessions consacrées au droit d’auteur et, pour avoir suivi les travaux du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), sur plusieurs communications liées à cette question. J’ai voulu, par ailleurs, découvrir divers aspects de la gestion d’une bibliothèque en assistant aux réunions organisées par les sections « Management et Marketing », « Statistiques et évaluation », « Knowledge management », « Envoi de documents et partages de ressources ». Membre de la Section « Théorie bibliothéconomique et recherche », j’ai aussi suivi les travaux de l’une des sessions qu’elle avait organisées.

Après un débat sur plusieurs questions juridiques posées lors des séances auxquelles j’ai pu assister, quelques recommandations en matière de gestion (adopter les techniques marketing des entreprises, évaluer ses résultats pour améliorer sa qualité), des actions autour du partage des ressources documentaires et des connaissances, j’ai pu ainsi découvrir la situation de la recherche en sciences d l’information sur le continent africain et prendre connaissance de l’action menée en ce moment par l’Unesco dans le cadre du SMSI.

Les questions liées au droit d’auteur

On découvre que l’OMPI se penche depuis près de dix ans sur la question de la protection du savoir traditionnel par le droit d’auteur et qu’un traité à cet égard est proche d’être conclu. Il est désormais urgent pour les bibliothécaires de se mobiliser afin qu’une exception en leur faveur soit insérée dans ce texte pour que   des pans entiers du patrimoine, qui font partie aujourd’hui du domaine public, restent librement accessibles pour elles.   L’IFLA, par le biais de la commission Copyright and other Legal Matter (CLM), entend réagir.

La commission CLM, un peu provocatrice, s’est demandé aussi s’il fallait avoir peur des sociétés de gestion collective. Peut-être pas si l’on en juge le long discours du président de la Fédération internationale des sociétés de gestion des droits de reproduction (IFRRO) qui rappelle les objectifs de ces sociétés, leurs fondements légaux et leur mode de fonctionnement, et qui fait un appel à l’IFLA pour engager un dialogue, ni si l’on s’appuie sur l’invitation au dialogue qui transparait aussi dans la rédaction d’un code de conduite par les sociétés d’auteur australiennes.    Certainement pas, si l’on prend pour exemple les bibliothécaires canadiens qui ont obtenu gain de cause dans un procès et ont réussi à mettre fin à une campagne de propagande qui présentaient le droit d’auteur sous un jour trompeur, ni celui des bibliothécaires du Malawi qui ont réussi, en donnant des arguments pertinents, à modifier les données du contrat initial.

Les questions juridiques (droit d’auteur, contrat) sont apparues aussi, comme je m’y attendais, lors d’une session consacrée aux projets de conservation numérique menés par plusieurs Bibliothèques nationales. On y a évoqué des lois sur le dépôt légal du web, une loi qui autorise l’accès aux archives ouvertes à des contenus éducatifs et à des publications gouvernementales, les négociations menées avec les éditeurs ou   des guides conçus avec leur concours, des modèles de gestion de l’obsolescence des droits et on a vu des tatouages   apparaître dans les présentations d’éléments du patrimoine numérisé.

Adopter les techniques marketing des entreprises

Il faut savoir « vendre » sa bibliothèque. Pour nous en convaincre, on nous a présenté plusieurs exemples des plus sérieux au plus farfelus : louer ses salles pour des évènements mondains ou commerciaux, créer des évènements qui marquent les esprits et les diffuser très rapidement grâce aux outils du web 2.0,   utiliser un élément de sa collection ou de son environnement pour attirer le public et maintenir cette visibilité en adoptant les techniques des entreprises.

Une autre clef du succès consiste à se mettre dans la peau de l’usager pour améliorer l’organisation et la présentation de ses collections ou   mieux encore les faire participer à la   conception des produits et services sur site ou en ligne qui doivent leur être proposés. Sur ce point aussi, plusieurs exemples ont été très explicites.

Si besoin était, une communication a dressé une liste de tous les éléments à prendre en compte dans une démarche marketing à adopter par une bibliothèque, que l’on a fait suivre d’un cas très pratique, une présentation de tous les défis relevés pour   donner une nouvelle image aux bibliothèques publiques jamaïcaines.

Améliorer la qualité de sa bibliothèque

Il faut pour cela évaluer ses résultats. Roswitha Poll s’est appuyée   sur la norme ISO 11620 sur les indicateurs de performance des bibliothèques et le guide de l’IFLA pour les bibliothèques universitaires pour proposer une batterie impressionnante d’indicateurs destinée aux bibliothèques spécialisées.   Dans la communication suivante, après avoir souligné que   les indicateurs les plus utiles étaient ceux qui évaluaient l’impact du centre de ressources pour l’organisme qui l’avait créé, on a détaillé les audits à mener pour améliorer les performances en regard des objectifs poursuivis par celui-ci.

Deux applications ont illustré cette approche. En Jamaïque, l’association nationale des bibliothécaires incite les bibliothèques spécialisées à adopter le concept de qualité totale et   à comparer leurs résultats à ceux des autres services de leur organisation et à d’autres bibliothèques. L’exemple suivant venait d’un cabinet d’avocats sud-africain qui a adopté un système quasi automatique, facile à alimenter et à adapter, qui, à côté d’indicateurs plus classiques, permet aussi de capitaliser les réponses déjà données aux clients et de gagner du temps.

Mais quelle que soit la bibliothèque, le site web est une entrée virtuelle qu’il faut aussi évaluer. Après un rappel des méthodes d’enquête auxquelles on peut recourir,   on a   pu prendre connaissance des éléments à prendre en compte pour évaluer la qualité de la page d’accueil et améliorer les résultats obtenus et évoqué aussi les apports de plusieurs outils du web 2.0 en terme d’audience.

On peut aussi améliorer la qualité de sa bibliothèque en recourant aux outils du web 2 .0. C’est ce qu’a fait une bibliothèque suédoise dans le cadre d’un travail autour d’un guide de recherche de l’information et qui a modifié son image traditionnelle en donnant une visibilité plus grande à ses usagers qui,   valorisés, se sont davantage impliqués dans les   activités qui y sont proposées.

Recourir aux techniques de Knowledge Management

Une première communication très générale, s’est appuyée sur près de 150 diapos, pour démontrer que le bibliothécaire devait être « social », tout comme le web 2.0.   Les concepts   présentés devaient souligner le poids du réseau social, attirer l’attention sur les besoins et   les comportements très variés des usagers, le pouvoir que leur donnait le web 2.0, détailler le processus de création de la connaissance, … soit autant de paramètres qui devaient inciter les bibliothécaires à croiser leurs sources d’informations et les multiples outils du web 2.0. pour les adapter à la variété des profils de leur public. Soit ! On retiendra aussi que faire face à la concurrence d’autres acteurs, ce sont ses compétences qu’il faut mettre en exergue, lorsque l’on est bibliothécaire, et pas seulement ses collections et ses bases de données.

On va trouver du KM dans Digital Imaging South Africa (DISA), un projet de numérisation du patrimoine sud-africain qui fait coopérer plusieurs bibliothèques de recherches et de services d’archives.   Mais ce sera le seul car   si la présentation des divers projets de numérisation menés par la bibliothèque Alexandrina, en Egypte, n’a jamais permis d’aborder cette question, celle faite ensuite du réseau animé par l’Université de Prétoria, en Afrique du Sud, mettait davantage l’accent sur les aspects organisationnels d’un travail coopératif, en faisant, certes, une analogie amusante avec le saut en parachute en équipe.

Partager ses ressources documentaires

Ce sont plusieurs expériences menées avec succès par des bibliothèques américaines que l’on a présentées dans la session à laquelle j’ai pu assister. Ce fut d’abord RESPOND (Resource sharing projet for network discovery), un système de partage des ressources adopté par AMICAL (American International Consortium of Academic Libraries), un consortium de bibliothèques américaines de plusieurs régions du monde, créé sur l’initiative de la bibliothèque américaine de Paris. Ce fut ensuite ALIAS (Full-Service Interlending Aid Connnecting Users with Non–English Resources), système qui permet aux bibliothèques américaines d’échanger des ressources rédigées dans d’autres langues que l’anglais,   fondé sur le succès du service de référence slave. Ce fut enfin, un service défini pour l’usager pour un consortium de soixante bibliothèques de l’Etat de Pennsylvanie, qui facilite la recherche des documents pour les usagers de l’ensemble du consortium et décharge les bibliothécaires de nombreuses requêtes.

L’analyse faite par la Chine, plus générale, présentait une étude détaillée sur la collaboration documentaire menée depuis les années quatre-vingt dix, que l’on a comparée à la situation américaine. Elle portait sur les catalogues collectifs, les services bibliographiques en ligne, le prêt entre bibliothèques, une analyse de la littérature. On y a présenté trois modèles de collaboration (centralisation, consortium, portail) adoptés dans ce pays pour retenir la solution du portail, qui s’avère être la plus performante au niveau national et international.

La recherche en sciences de l’information sur le continent africain

Présenter la recherche sur le continent africain, a conduit à aborder la situation dans six pays nord-africains. Après avoir dressé un état des lieux (laboratoires de recherche, formations universitaires, associations et revues spécialisées, colloques et sites web actifs) peu stimulant, on propose plusieurs actions qui doivent favoriser une réflexion théorique qui se libère du modèle occidental et représente le prolongement des travaux des savants arabes du moyen-âge.

L’étude présentée ensuite sur les 53 pays du continent africain sur la productivité et l’impact de la recherche en sciences de l’information au cours de la période 1986-2006, fait émerger l’Afrique du Sud et le Nigéria. Une autre étude, réalisée aussi par un chercheur sud-africain pour la période 1993-2006, démontre, elle aussi, que le nombre de publications des chercheurs sud-africains en sciences de l’information est plutôt satisfaisant, mais souligne qu’il conviendrait d’accroître la collaboration entre établissements au niveau national et international et de se tourner davantage vers des domaines encore marginalisés. Au Botswana, pays bien classé au niveau africain dans cette même étude, on déplore aussi que les articles portent davantage sur des thèmes descriptifs que sur des recherches théoriques.

L’Unesco et le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI)

L’Unesco veille à ce que les aspects liés au savoir et à la connaissance soient abordés, lors des travaux, à côté des aspects techniques de la société de l’information. Elle soutient les bibliothèques qui ont un rôle majeur à jouer à cet égard et qui doivent être présentes dans les projets   qui découlent des Sommets de Genève et de Tunis. L’IFLA peut toujours s’appuyer   sur l’Unesco, comme elle l’a fait dans le passé, pour faire entendre sa voix   auprès des chefs d’Etat.

Si dans le cadre du SMSI, l’IFLA avait suivi les actions menées sur les questions C3 (accès à l’information et au savoir la connaissance), C1 (rôle des instances publiques chargées de la gouvernance et de toutes les parties prenantes dans la promotion des TIC pour le développement), C4 (renforcement des compétences) et C8 (diversité culturelle), elle portera à présent plus particulièrement son attention sur les orientations C 3 et C 8.

Addendum

Le compte   rendu complet doit paraître dans un prochain numéro de la revue Documentaliste-Sciences de l’information.

J’ai traduit en français la communication présentée par Denise Nicholson intitulée : International copyright trends and access to knowledge initiatives in Africa  ». >Pour consulter la traduction : http://www.ifla.org/IV/ifla73/papers/135-Nicholson-trans-fr.pdf

J’ai naturellement assisté aux sessions organisées par la Commission CLM (1er samedi), celle de la section ‘ »Théorie bibliothéconomique et recherche » (2e samedi) et la réunion du comité éditorial d’IFLA Journal.

Michèle Battisti

11 septembre 2007

Section Maîtrise de l’information, par Agnès Colnot

En tant que membre de la section « Maîtrise de l’information » (Information literacy), mon compte-rendu du congrès de Durban sera axé sur les activités de la section et les trois sessions concernant ce sujet. Par ailleurs, j’ai assisté à d’autres interventions portant sur le thème de la bibliothèque 2.0, thème émergeant et particulièrement intéressant dans le domaine de la formation à la maîtrise de l’information des nouvelles générations.

Activités de la section « Maîtrise de l’information »

Dans les réunions de travail, les objectifs stratégiques de la section ont été définis : la préparation du Congrès à Québec en 2008 et Milan 2009, la poursuite des projets communs avec l’UNESCO, la révision de la Lettre d’information et les travaux de traduction sont les points principaux qui furent abordés.

Comptes-rendus des sessions

Pour un nouveau membre de la section, il était important de comprendre le rôle de l’UNESCO dans la propagation des concepts de la maîtrise de l’information au niveau international. Mr Abdul Wahid Khan, Directeur adjoint de l’UNESCO, l’a exprimé dans deux interventions différentes en rappelant que « sans maîtrise de l’information, il est difficile de construire les sociétés du savoir ». Mr Khan a développé le concept de société de l’information évoluant vers celui de sociétés du savoir, qui va au-delà de la technologie et de la réduction de la fracture numérique entre Nord et Sud. Dans cette perspective, la maîtrise de l’information est un des concepts clés car elle s’intéresse aux contenus et aux moyens de bien utiliser les réseaux. Cette collaboration a donné lieu à plusieurs travaux. Co-publiées par l’UNESCO et l’IFLA, deux publications sont parues pour donner une vue d’ensemble : Etat de l’art qui est un rapport par ères géographiques, et Répertoire de ressources recensant tous types de productions et d’organisations (1010 données enregistrée au 28/07/07). Grâce à l’implication des participants intéressés, des groupes par ères linguistiques se formèrent après les interventions pour trouver de nouveaux correspondants locaux qui enrichiront ces documents.

Les sections Maîtrise de l’information et Bibliothèques académiques se sont jointes pour leur session de 4 heures sur le thème « Conduite des transformations : intégration de formations multimodales en maîtrise de l’information ». Toutes ces expériences présentent des méthodes d’apprentissage combinant cours traditionnels et didacticiels, pédagogie active, résolution de problème, écriture collaborative, critique entre pairs d’étudiant à étudiant, utilisation et création de vidéos, podcasting, syndication de contenus… Certains enseignements, issus de pays anglophones, s’appuient sur des pratiques et des outils typiques de l’évolution récente de l’Internet et sa dimension sociale (Virtual learning commons, Second Life, wiki et blog).

E-learning et enseignement à distance

Parallèlement, la session E-learning, organisée par Education et formation, et Développement professionnel continu, démontre bien que les contenus de formation professionnelle, initiale et continue, s’intègrent dans ces nouvelles formes. Certains professionnels et même certains étudiants sont réticents face aux cours en ligne. Les expériences présentées, utilisant différentes plates-formes (Moodle, Webjunction d’OCLC, ou le consortium WISE) s’appuient sur des chartes de bonnes pratiques et des modèles collaboratifs d’enseignement à distance. Enfin, l’expérience de Tshwane University à Pretoria a présenté le rôle de la bibliothèque dans le développement du centre d’enseignement électronique. Dans un pays ou le ratio est d’un ordinateur pour 90 étudiants, le défi que la bibliothèque s’est vue confier est de participer à l’équipement et à la gestion de ces salles pour soutenir les efforts en vue de développer l’enseignement à distance. Des questions furent posées aux intervenants sur le rôle réelle de la bibliothèque dans le domaine de l’e-learning : collaboration active, fournisseur de contenu ou gestionnaire ? La variété des interventions montre que, quelque soit les contenus, les objectifs et les étudiants visés, les bibliothèques utilisent avec succès les méthodes d’e-learning dans des contextes très différents.

Le concept de la bibliothèque 2.0

Les expériences des bibliothèques sud-africaines furent intéressantes à d’autres égards pour comprendre le besoin de développer un modèle de bibliothèque affirmant leur visibilité sur l’Internet. Dans la session « La seconde vie pour les bibliothèques », le Centre sud africain de recherche et de documentation (Zimbabwe) et l’Université de Pretoria ont présenté l’un et l’autre leur bibliothèque virtuelle. Dans le premier cas (www.sardc.net), c’est un modèle classique pour nous de « portail » offrant l’accès par le web aux ressources électroniques de la bibliothèque (périodiques et livres en plein texte, bibliothèques électroniques, bases de données). L’enjeu de la réussite pour la région du sud de l’Afrique est l’accès à la connaissance de manière libre, appropriée et permettant une meilleure visibilité et valorisation scientifique sur la Toile. Quant à la Bibliothèque de l’Université de Prétoria, elle a sauté le pas en intégrant les derniers usages et fonctionnalités du web 2.0. Outre l’accès aux services et ressources électroniques, le site permet l’indexation des documents par le lecteur, transforme l’OPAC dans le style d’Amazon, intègre D-Space pour l’accès aux archives ouvertes de l’université, et Google Scholar comme moteur de recherche fédérée (avec un résolveur de lien SFX), offre la liste de nouveautés par un abonnement au fil RSS de la bibliothèque etc.

Cette bibliothèque n’aurait pas fait rougir les collègues de l’Université de Queensland à Brisbane en Australie qui nous présentèrent la bibliothèque 3.0 ! Dans cette intervention, il était question de faire le point sur les compétences à acquérir ou développer pour les bibliothécaires de demain. Intégrer l’innovation, être capable de s’adapter aux changements d’usages et de comportement est une question de survie. Ce même discours d’adaptation au changement se retrouve aussi dans une autre présentation de la section Bibliothèques nationales avec Technologies de l’information, par la Staatsbibliothek de Berlin, intitulée Bibliothèques 2.0 et les contenus générés par les utilisateurs : que peuvent-ils faire pour nous ? Dans l’expérience en cours avec Wikipédia, le projet est celui de lier le fichier d’autorité auteur du catalogue de la Deutsche Nationalbibliothek avec la version allemande de l’encyclopédie collaborative. Grâce à la coopération entre le deux parties, les données dans les articles concernant des personnes physiques (20% sur 600 000 articles) sont reliées aux fichiers d’autorité grâce à un lien hypertexte qui permet de retrouver de la documentation de et sur cette personne dans le catalogue de la Bibliothèque nationale allemande. Par le biais de Wikipédia, certains internautes peuvent ainsi devenir des utilisateurs de la bibliothèque qui acquiert plus de visibilité sur la Toile. A travers ce thème récurrent, il est clair que des bibliothèques de plus en plus nombreuses intègrent ou intégreront bientôt les derniers usages et fonctionnalités du web 2.0 : la British library, la prochaine version de Gallica, bibliothèques universitaires européennes et africaines pour ne citer que les interventions auxquelles j’ai pu assister lors de ce congrès.

Pour conclure, je pourrais résumer ainsi l’enrichissement que constitue pour moi la participation au congrès de l’IFLA : alors que les journées d’étude que nous suivons en France offrent des points de vue et des partages d’expérience sur des sujets spécialisés, la conférence internationale de l’IFLA nous ouvre des horizons extrêmement diversifiés et une mise en perspective indispensable pour situer notre activité quotidienne dans l’évolution des bibliothèques à l’échelle mondiale.

Agnès Colnot - SCD Université Rennes 2 – (agnes.colnot@uhb.fr )
25 septembre 2007

Annexe : J’ai traduit en français la communication 158-5
La maîtrise de l’information appliquée aux ressources électroniques : l’exemple de Brasov, Roumanie et de Bergen, Norvège par Angela Repanovici, Université de Transylvanie à Brasov et de Ane Landoy, Université de Bergen

Section 20 Construction et équipement de bibliothèques, par Cécile Swiatec

http://www.ifla.org/VII/s20/index.htm

Réunion plénière de la section  : mercredi 22 août 2007 de 13h45 à 15h45 : Thème : Boîtes à outils pour réussir la conception de sa bibliothèque : recommandations et études de cas (Toolkits for successful library design: guidelines and case studies

Les bibliothèques font face à une période de changements importants à l’heure où les besoins des usagers impliquent de nouveaux équipements technologiques, des services renouvelés et des ressources diversifiées. Ces évolutions ont eu un impact fondamental sur la conception et la construction de nouvelles bibliothèques, de leurs espaces intérieurs et extérieurs, mais aussi sur les espaces alentours.

Quatre interventions se sont succédé : trois communications, précédées par la présentation de la nouvelle publication de la section.

Recommandations pour la construction de bibliothèques : version publiée
HELLEN NIEGAARD (Association des bibliothèques danoises, Copenhague, Danemark)

Hellen Niegaard, membre sortant de la section, a présenté l’ouvrage de recommandations et astuces sur la construction de bibliothèques, destiné à aider les personnels des bibliothèques, rarement confrontés à de tels projets au cours de leur carrière, à éviter les écueils et connaître les procédures fondamentales des programmes, planifications et chantiers de construction. L’ouvrage ne donne pas de « recettes » mais indique comment mener à bien un projet unique et personnalisé.

Cette publication était l’un des objectifs principaux de la section au cours de ces dernières années. L’ouvrage est disponible en Anglais uniquement.

IFLA Library Building Guidelines: Developments & Reflections
Edited on behalf of IFLA by Karen Latimer and Hellen Niegaard
Munich: K.G. Saur, 2007
ISBN 978-3-598-11768-8
Prix: 58.00 EUR

La nouvelle bibliothèque publique d’État "Juan Jose Arreola": évaluation des projets présentés au concours d’architecture et rôle du programme de construction dans le processus de construction. ANDERS C. DAHLGREN (Library Planning Associates, Madison, États-Unis)

Présentation en deux parties : la première, conçue et présentée par Helen Ladron de Guevara Cox, a exposé le projet de bibliothèque le plus important actuellement en cours de réalisation à Guadalajara au Mexique. Ce projet est en phase de finalisation du planning, et la construction devrait être entreprise sous peu. Helen a tenu le rôle de conseillère représentante des bibliothèques sur ce projet dès sa conception.

Anders Dahlgren a décrit en seconde partie comment il a été engagé par le Centro cultural afin de concevoir un programme de construction, et de prodiguer conseils et recommandations dans le cadre de ce projet. Il a présenté de manière détaillée de quelle façon le programme de construction a été utilisé pour évaluer les propositions des architectes lors de ce concours international d’architecture.

Le texte de cette communication est traduit en français : http://www.ifla.org/IV/ifla73/papers/142-Dahlgren-trans-fr.pdf

La standardisation allemande mise en pratique : la recommandation DIN-Fachbericht 13, un outil pour la planification de construction de bibliothèques universitaires. OLAF EIGENBRODT (Université Humboldt de Berlin, Berlin, Allemagne)

Présentation du processus de standardisation des espaces de bibliothèques universitaires en Allemagne, comparant trois projets en cours à Berlin. Cette présentation fait ressortir l’intérêt d’une standardisation, du suivi des normes pour répondre aux exigences sur les espaces en bibliothèque universitaire. Les avantages mais aussi les limites de la standardisation sont mis en relief. La norme DIN-Fachbericht 13 est une recommandation plutôt qu’une norme obligatoire. Souhaitée par l’État, cette recommandation a vu les bibliothécaires intervenir pour participer au projet de standardisation. L’intérêt de ne pas normaliser de manière définitive est d’obtenir un standard certes moins formel, mais moins figé. La norme DIN 31622 proposée en 1978 a été mise à jour en 1998 et comporte un glossaire très utile des termes employés dans le cadre de constructions par les architectes et par les bibliothécaires.

La norme de 1978 comportait un chapitre (n°5) spécifiquement dédié aux espaces de BU – la seconde édition de 1998 était plus complète et prévoyait des questions telles que l’éclairage, le son, les conditions de stockage, le matériel technologique etc. le rôle du Wissenschaftsrat (conseil scientifique) dans les BU allemandes a été souligné. Enfin, l’orateur a insisté sur l’évolution permanente et nécessaire des normes en fonction des besoins et des évolutions technologiques, sociales et éducatives.

Construisez et ils viendront : repenser la conception et les fonctions des bâtiments de bibliothèques pour mieux servir son public. RICHARD AMRHEIN (Valparaiso University, Indiana, États-Unis)

Présentation de la construction d’une bibliothèque à l’université de Valparaiso (Indiana, Etats-Unis). Ce bâtiment nouvellement construit est très ouvert, riche en services culturels, technologies, système de boissons libres, espaces culturels (salon de musique…) et espaces diversifiés, intérieurs ou extérieurs. Cette construction est prévue pour desservir un public actuel de 4000 étudiants (maximum prévu : 5000 étudiants). Le projet a coûté 33 millions de dollars dont 2 millions de mobilier.

Des photographies sont visibles sur le site Internet de la bibliothèque universitaire : http://www.valpo.edu/library/

Diversité et richesse par Martine Ernoult.

Chaque année l’Ifla (international fédération of Library associations et institutions) investit énormément pour faire reconnaître la position des bibliothèques et le rôle des bibliothécaires dans la société de l’information et de la connaissance.

Les bibliothèques scolaires et centres ressources présentent des caractéristiques très différentes d’un pays à l ‘autre. La situation politique, la fonction et les missions des professionnels, l’existence, l’implication ou pas d’associations professionnelles voire le concept même de bibliothèque scolaire sont très hétérogènes, en revanche leurs objectifs sont globalement comparables, comme le montre régulièrement les grands rassemblements mondiaux.

Ce 73ème congrès, réunit à Durban (Afrique du Sud) fin août 2007, a mis l’accent sur les actions à mener en partenariat, afin de faire évoluer les stratégies des institutions. Accentuer les coopérations et les mutualisations pour bénéficier du pluralisme de toutes les communautés en facilitant l’accès à l’information et en privilégiant la formation, l’éducation de tous les jeunes, l’intégration de l’usage des bibliothèques dans les activités éducatives

Les questions exposées par la communauté des bibliothécaires sont toujours nombreuses :

Alex Byrn a ouvert et salué le travail de la Division III reflet du pluralisme des associations et rappelé le rôle militant de la communauté des bibliothécaires tant pour faciliter l’accès à l’information que pour faire respecter à travers le monde l’article 18 de la Déclaration des droits de l’homme. Comme institutions représentatives, les bibliothèques scolaires doivent s’impliquer fortement pour le respect des droits fondamentaux. L’alphabétisation fait partie intégrante du droit universel à l’éducation et la maîtrise de l'information, elle est un droit fondamental de l'éducation permanente et est beaucoup plus qu'un simple problème de bibliothèque ou d'éducation.

Au Chili, la formation des citoyens est envisagée au travers de nouvelles expériences de gestion publique intégrant une participation citoyenne. Ana Maria Pino Yanez a présenté le travail réalisé par la Bibliothèque du Congrès de 2003 à 2007 pour à la fois former les citoyens et conduire au plus près des personnes les documents et les informations correspondant à leurs préoccupations quotidiennes. Blog, forum, espace d’information, développent les relations entres les parlementaires, les instances locales et les citoyens.

En Espagne, Juan José Arranz présente les trois programmes développés par la bibliothèque de Barcelone pour lutter contre les nouvelles formes d’inégalité sociale : l’exclusion culturelle, la fracture numérique et la marginalisation.
La bibliothèque de Barcelone un espace pour la cohésion sociale, elle est centre de proximité sociale et culturelle, espace relationnel et d’échanges. Elle a développé des espaces multimédia et une formation à la maîtrise de l’information. Elle intervient aussi dans des quartiers sensibles, les bibliothécaires travaillent alors en relation avec les éducateurs sur des programmes socio-éducatifs, en relation avec la santé, l’hygiène le respect de la vie en société. Quant au projet « Voisins », un projet de numérisation des données de la période 1931-1945, il a permis de rapprocher les générations par le recueil des souvenirs de personnes ayant vécu la guerre civile et l’avènement de la seconde République.

En Chine, la Bibliothèque Sun Yat-Sen (Province du Guangdong) comporte 49 branches dont 25 dans les prisons régionales, certaines branches desservent des quartiers défavorisés ou des zones quasi inaccessibles à l’image de la livraison de livres pour les bibliothèques de Motuo ou de Chayu aux confins du Tibet. Li Zaochon et Yang Qang Ting .

Ces récits d’expériences portent les valeurs des bibliothèques et rappel constamment la nécessité de mettre en valeur les bibliothèques, les centres ressources, les services et de plus en plus la formation des usagers à la maîtrise de l’information. Ce que nous portons, bibliothécaires et documentalistes c’est le droit de tous les hommes à la connaissance et à l’information.

« La Bibliothèque à l’ordre du jour » le premier mandat de Claudia Lux à la présidence de l’Ifla portera ce plaidoyer pour les bibliothèques.

En France, la FADBEN, association des enseignants documentalistes de l’éducation nationale, aux objectifs inscrits dans le contexte éducatif, participe activement à la prise de conscience de la valeur ajoutée du travail des professeurs documentalistes dans les établissements solaires et propose une vision prospective du métier de professeur documentaliste orientée par sa dimension pédagogique.
La Fadben a misé et mise toujours sur la capacité des enseignants documentalistes pour que le CDI (centre de documentation et d’information) soit toujours à l’ordre du jour afin d’impulser et conduire une véritable éducation à l’information des élèves.

Martine Ernoult
Professeur Documentaliste
Représentant l’association de la FADBEN

Compte rendu d'Annick Guinery

Ce congrès fut le 2ème pour moi, après celui de Buenos Aires en 2004. mais le 1er en tant que nouveau membre élu de la section des bibliothèques publiques.

Le contexte

« Veut-on utiliser les bibliothèques pour nous-mêmes ou pour les autres ?

Nos sociétés sont de plus en plus complexes et plurielles. Pour servir l’usager, il faut tenir compte des différences culturelles et sociales. Ce n’est pas seulement l’affaire des travailleurs sociaux. C’est de notre ressort, c’est notre mission : l’accès à l’information pour tous. Si nous ne nous adressons qu’à ceux qui utilisent nos services, nous nous distinguons de fait des publics que nous entendons desservir et nous creusons l’écart entre eux et nous … » Les bibliothécaires doivent s’engager à part entière. Alec BYRNE

Ces quelques phrases fortes extraites du discours introductif du président de l’IFLA à la journée sur les bibliothèques publiques ont marqué ce congrès. Toutes les expériences, les projets qui nous ont été présentés témoignent de cette volonté d’ouverture quelles que soient les latitudes. La bibliothèque se doit de faciliter l’accès à toutes les communautés, de jouer un véritable rôle d’intégration, d’offrir une large gamme de services au plus grand nombre, bref de donner à tous les moyens de s’approprier l’information et de pouvoir se former tout au long de la vie.

Ainsi apparaît au Nord comme au Sud, un modèle de bibliothèque avec certes ses particularités locales et régionales, mais chacune déclinant des missions totalement partagées par tous.

Je m’attarderai donc essentiellement sur les sessions et communications consacrées aux bibliothèques de lecture publique et à leurs services.

I . Ce qu’on peut retenir

Thématiques importantes abordées dans plusieurs communications. Des solutions ont été évoquées dans des configurations de bibliothèques forts diverses.

II . Les bibliothèques dans la province du Kwazulu-Natal

Quelques généralités :

De nombreuses fonctions sont centralisées :

On peut remarquer une politique particulièrement dynamique de communication et de promotion de la lecture, notamment en zone rurale sous des formes les plus diverses : imprimés, spectacles, chants…

Exemple :

Un congrès annuel réunit les adhérents de LIASA (Library and Information Association of South Africa)

Plus généralement, pour l’Afrique du Sud, se poursuit  un plan de construction et de rénovation de bibliothèques de plus de 100 millions d’euros.

Des enquêtes menées par des universitaires sur les publics sont désormais engagées.

Les visites :

J’ai visité deux bibliothèques de la zone de Pietermaritzburg (80 km au Nord-ouest de Durban) : une bibliothèque rurale et la bibliothèque centrale de Pietermaritzburg, la « Msunduzi Municipal library »

La première (300 m2 environ) comporte une équipe de trois permanents aidée de nombreux bénévoles de la communauté. La particularité de cette bibliothèque est d’être entourée d’un potager entretenu par des volontaires et dont la vente de la récolte représente une source de revenus pour la bibliothèque. 

Les documents imprimés sont les plus nombreux. On trouve un fonds important d’albums jeunesse en langue zoulou, mais aussi quelques CD et DVD. Comme dans toutes les bibliothèques Sud-Africaines, des espaces sont consacrés à la prévention contre le sida (documents et distributions de préservatifs) et à la recherche d’emploi (« job corner »)

La bibliothèque centrale de Pietermaritzburg n’a rien à envier à nos grandes médiathèques. Les salles de lectures sont remplies d’élèves et d’étudiants, le public fait la queue pour accéder à l’un des vingt postes Internet ; des jeunes filles se regroupent autour des revues à la mode. Des salles d’activités sont prévues pour l’accueil des scolaires et les mamans lisent avec leurs petits dans le coin des albums.

III . Mes contacts

Ils sont de deux ordres :

INDIVUDUELS :

AVEC LA SECTION DES BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES :

C’est ma première participation à ce groupe, en tant que nouvelle élue en 2007. Cette section dynamique d’une trentaine de membres est pilotée par John Lake.

De nombreux pays sont représentés, avec une dominante anglo-saxonne et scandinave. Il n’y a que deux élus francophones : une représentante de la bibliothèque nationale du Québec et moi-même.

La dernière réunion a été consacrée à la préparation du Congrès de 2008 à Québec (implication de la section dans le déroulé du congrès et recherche d’interventions) et à l’organisation de la rencontre intermédiaire à Odense, au Danemark.

IV . La suite du congrès

En tant que responsable de la commission internationale de l’ABF, l’implication dans l’IFLA et la restitution de ses travaux, de ses débats me semblent particulièrement importants.

Après le congrès :

À plus long terme : La restitution des thématiques évoquées lors des rencontres de l’IFLA vont alimenter largement les travaux de la commission internationale de l’ABF et contribuer à la sensibilisation des collègues à ces questions.

Pour 2007-2008 :

Annick Guinery

Bibliothèques pour enfants de Viviana Quinones

Voici en trois parties un compte-rendu de mes activités pendant le Congrès et suite au Congrès :

1. Participation aux travaux de la Section Bibliothèques pour Enfants

J’ai participé avec la présidente de la section à la réunion avec d’autres sections et les représentantes des bibliothèques publiques du Québec pour la préparation du pré-séminaire Bibliothèques pour enfants qui se tiendra à Montréal avant le congrès de Québec de 2008

J’ai participé aux trois réunions du Comité permanent en tant que membre pour la première, secrétaire pour les autres (j’ai été élue secrétaire lors de la première réunion). Je suis donc chargée entre autres de la rédaction et l’envoi des rapports des réunions : le rapport détaillé de ces réunions à Durban se trouve sur Iflanet : www.ifla.org/VII/s10/minutes/s10-2007-Aug-minutes.pdf

Les travaux de la Section
2. Autres réunions, séances, visites :

-J’ai assisté à des séances concernant l’IFLA en tant qu’organisme :

-J'ai assisté au “Caucus” français (réunion de tous les participants francophones) :

Compte rendu de Philippe Cantié

Ayant parcouru les premiers compte rendus disponibles sur le site du Comité français IFLA, et ayant constaté qu’ils se placent tous du point de vue des contenus professionnels, je me propose non pas de faire un résumé faussement objectif des sessions auxquelles j’ai assisté – chacun est libre après tout de se reporter aux articles traduits - mais d’aborder le Congrès de Durban d’un point de vue délibérément subjectif, en faisant partager, non sans une certaine appréhension, les réflexions candides de quelqu’un qui découvrait la grande machinerie de l’IFLA pour la première fois. L’IFLA en tant qu’organisation m’a au moins autant fasciné que les perspectives bibliothéconomiques dont elle est chaque année le théâtre.

Ce compte-rendu s’efforce de répondre avec le moins de sérieux possible à plusieurs questions passablement sérieuses :

Ce compte-rendu assume donc sciemment son caractère impressionniste et sa part de superficialité : il est vrai que l’IFLA est le genre de manifestation où il faut, avant d’être pleinement acteur, passer par la case de  spectateur moyennement engagé, très éloigné en tout cas des centres de décision.

La ta-tac-tique du nouveau boursier, usager de l’IFLA

Lors d’une séance organisée par le CfIfla, à la veille du Congrès, il a été question de la stratégie que se devait de suivre le nouveau boursier. Il était indispensable de déterminer à l’avance les sessions auxquelles on souhaitait participer afin d’éviter la dispersion et le papillonnage.

De ce côté-ci, j’étais bien paré puisque la BnF avait demandé à ses agents de communiquer à l’avance leur emploi du temps à Durban. Rétrospectivement pourtant, le doute est permis. Pour faire court, la recommandation que j’adresserais personnellement aux boursiers des années à venir serait non pas d’« être prêts » mais d’ « être ouverts » et surtout de « faire feu de tout bois ».

Mon premier poste à la BnF, au dépôt légal, m’a permis de découvrir une lettre consacrée au management et largement inspirée des réflexions du philosophe et sinologue François Jullien. On y opposait le général qui, en Occident, préparait scrupuleusement son plan de bataille avant d’engager son armée et le général chinois qui, au contraire, « surfait » sur l’événement. Je crois en effet que le boursier Cfifla doit s’adapter aux événements, ou du moins marier le meilleur des deux traditions et ce, pour deux raisons :

Si l’on considère que la participation au Congrès est un investissement qui doit être rentabilisé dans la pratique professionnelle, alors il n’est pas sûr que les sessions qui se rapprochent le plus des intérêts professionnels de chacun soient les plus profitables. Le gain est en effet souvent marginal et rarement automatique. Les idées développées lors de ces sessions ne sont pas toujours, pour celui ou celle qui baigne dans le domaine, d’une nouveauté radicale. Il a par exemple été beaucoup question à Durban du Web 2.0. mais la philosophie derrière le Web 2.0., qui envahit les revues et discussions professionnelles, ne date pas d’hier, ni peut-être d’avant-hier. C’est surtout par leur intensité que ces questions ont occupé le devant de la scène.

Certaines présentations sont d’autre part liées à un environnement tellement particulier que l’exploitabilité de l’information est condamnée à rester limitée. L’intérêt est purement intellectuel, ce qui serait suffisant si l’offre des différentes sessions, qui rivalisent pour capter l’attention du chaland, n’était si abondante.

Faut-il au final opter pour le menu imposé ou, filons la métaphore, faire son marché ? Faut-il être un bon élève assidu ou faire l’école buissonnière ? Il est sage, je crois, d’observer le comportement des « vieux routiers de l’IFLA » qui pratiquent sans complexe le « pick and go », voire le « hit and run » c’est-à-dire qui, sauf exception, n’assistent pas plus à toutes les présentations d’une session qu’on ne lit nécessairement tous les articles d’une revue savante. La vraie question est cependant ailleurs : comment gérer le rapport entre écrit (articles disponibles avant la Conférence ) et oral (présentation lors de la Conférence

Le conseil m’avait été donné de lire (que dis-je, de méditer !) à l’avance le texte de toutes les présentations auxquelles je comptais assister. Je doute cependant que la plupart des boursiers ou participants soient en capacité de respecter ce conseil à la lettre. La stratégie la plus communément adoptée consiste à se promettre de lire le texte des présentations auxquelles on a assisté, du moins celles qui ont paru le plus intéressantes. Ce n’est pas forcément une bonne stratégie. Tous les orateurs ne rendent pas pareillement justice en effet au texte de leur présentation. Les intervenants viennent d’horizons variés. L’universitaire qui présente une réflexion de fond originale, très écrite et argumentée, passe moins bien que le chef de projet qui, rompu à la technique de Powerpoint, présente pour la énième fois les quelques faits saillants de sa dernière réalisation. Le talent variable des orateurs et leur maîtrise inégale de l’anglais font que l’on risque de passer à côté de réflexions nouvelles et stimulantes et inversement de porter aux nues des idées singulièrement banales. D’un autre côté, on peut difficilement faire confiance au titre des présentations tant il y a parfois loin de la coupe au contenu…

L’art de la transposition

Le paradoxe, c’est qu’on peut piocher une idée ingénieuse dans la pire des présentations. Inversement la meilleure des présentations se solde assez fréquemment par un profit absolument nul. Qui sait au fond où et comment naissent les idées bibliothéconomiques ? Qui sait d’avance ce qui peut nourrir et faire progresser la réflexion sur un projet que l’on envisage dans sa bibliothèque ?

Il ne faut évidemment pas attendre de l’IFLA des solutions clés en main, applicables sans aucune médiation. Le participant à l’IFLA, qu’il soit boursier ou dûment mandaté, doit avoir l’âme d’un traducteur. Son souci est de voir si une translation est possible d’un contexte vers un autre. Tout n’est pas transposable mais certaines choses le sont. L’IFLA ouvre sur une fenêtre sur ce qui se fait ailleurs et constitue à ce titre une source d’inspiration.

Le bilan de l’IFLA se dresse à deux niveaux. D’une part, on repère un certain nombre de leitmotive qui reflètent les grandes orientations et les principales évolutions en matière de bibliothéconomie (c’est le niveau macro). D’autre part, chacun peut s’amuser à faire égoïstement le compte des manières de faire nouvelles ou des projets nouveaux qu’il ou elle va mettre en œuvre à cause de ce qu’il ou elle a entendu à l’IFLA (c’est le niveau micro). Chacun écoute ce qui se dit à l’IFLA en faisant mentalement la navette entre le discours tenu par l’intervenant et ses préoccupations professionnelles.

Impliqué dans une démarche qualité à la Bibliographie française périodiques (où j’exerçais pour 50% de mon temps), je me suis rendu à une session où il devait être question de contrôle qualité, notion applicable à de multiples objets. Je suis ressorti de la séance en ayant la conviction qu’il serait bon de réviser les pages professionnelles consacrées à l’ISSN (j’exerçais au Centre ISSN France le reste du temps) en tenant compte des principes définis par Jacob Nielsen, le pape de l’utilisabilité des sites web et en se fondant au préalable sur une étude des usages et de la perception de l’ISSN par les éditeurs. Ce faisant, je me situais bien à l’intersection des niveaux macro- et micro- auxquels je faisais allusion il y a un instant. La question sous-jacente à l’intervention de Roswitha Poll, intitulée « Evaluating the library’s website : statistics and quality measures » coïncidait avec l’idée dominante du Congrès de Durban, à savoir que la prise en compte du rôle central de l’usager dans les services. La présentation déclinait cette idée en soulignant le fait que le site web avait moins vocation à livrer des informations aux usagers sur les services de la bibliothèque qu’à devenir une plate-forme de communication entre la bibliothèque et les usagers mais aussi entre les usagers entre eux, par exemple. En écoutant la présentation, je me suis fait intérieurement une série de remarques du genre : n’est-il pas temps de cesser de considérer les usagers de l’ISSN (c’est-à-dire les éditeurs, qu’ils soient grands, petits ou moyens) comme des assujettis qui doivent se soumettre, généralement sans les comprendre, aux règles byzantines du système ISSN ? La structure des pages sur l’ISSN correspond-elle vraiment aux besoins des éditeurs ? Quelle doit être la part entre les informations générales sur l’ISSN et la définition des modalités pratiques pour l’obtention d’un ISSN (limite entre ce qu’il faut savoir et ce qu’il importe de faire) ? Le Centre ISSN France n’ayant pas les moyens humains de cataloguer la totalité des périodiques électroniques français, ne serait-il pas possible de transformer les éditeurs de ressources électroniques en partenaires capables de fournir des métadonnées ? Comment réaliser une enquête sur ce public spécifique de la BnF que sont les éditeurs de ressources continues ? Autant les enquêtes sur les utilisateurs des collections sont monnaie courante, autant les enquêtes sur le public des professionnels (autres bibliothèques, éditeurs) sont rares… Faut-il par exemple traiter à la même enseigne les grands éditeurs (Springer a par exemple sa propre responsable du suivi des ISSN) et les éditeurs non professionnels qui réclament l’insigne honneur de se voir attribuer un ISSN ?

C’est peut-être ça, le principal intérêt de l’IFLA : amener les participants à se poser un certain nombre de questions et à mettre en perspective leur pratique professionnelle courante.

All protocols observed : les coulisses de l’IFLA

Se contenter du résumé des interventions, c’est (peut-être) risquer de passer à côté d’un aspect essentiel de l’IFLA. Les règles de cette association et son modèle d’organisation en font une gigantesque machine énonciative qui affecte le discours même des intervenants.

J’ai plusieurs fois entendu la réflexion selon laquelle les sessions professionnelles n’étaient que le prétexte de réunions de plus haut niveau où l’on traitait de sujets avec de vrais enjeux…, comme par exemple les changements (hautement politiques et stratégiques) dans l’organisation de l’IFLA. Il y a donc un méta-Congrès dans le Congrès, à moins que ce ne soit le Congrès qui soit lové dans le méta-Congrès.

J’ignore si c’est le contexte sud-africain qui s’y prêtait ou si c’est la personnalité d’Alex Byrne (ex-responsable de la section FAIFE) qui en est la cause, mais les valeurs cardinales des bibliothèques ont été rappelées à de multiples reprises. La liberté d’expression et le droit à l’information constituent la pierre angulaire des bibliothèques. En un sens, ce qui est à l’œuvre à l’IFLA, c’est une conception particulière de la liberté d’expression, une conception libérale où chacun est absolument libre d’exposer son point de vue. Je m’attendais à une confrontation des points de vue, à un échange constructif d’idées antagonistes, à des désaccords éclairants et fructueux. Mes attentes ont été déçues. La règle, c’est la juxtaposition des opinions, ce qui aboutit à une sorte de relativisme et d’effet de nivellement. On laisse l’autre parler sans même songer à porter la contradiction. Personne ne s’est offusqué par exemple de l’exposé très singulier d’une bibliothécaire chinoise à la conscience politique très limitée. L’intervenante a eu droit à la même dose d’applaudissements polis que les intervenants qui l’avaient précédée.

Un observateur ne peut qu’être surpris par le décalage entre l’affichage ultra-démocratique de l’IFLA (tout au moins peut-on regretter que le président sortant ait cité la consternante affaire du Front national (1996-1997) dans laquelle les bibliothèques françaises se sont comportées fort honorablement, en oubliant l’épine du Patriot Act qui reste jusqu’à ce jour plantée dans le pied des bibliothèques étatsuniennes) et un mode de fonctionnement interne qui se veut démocratique (l’est-il vraiment ?). Comme dans toutes les associations, le problème de la contribution des membres donne lieu à une cuisine peut-être nécessaire mais fort complexe. L’IFLA doit manifestement arbitrer entre le souci d’efficacité et le souci de représentativité, le souci de présenter des réflexions, des solutions, des exemples innovants du point de vue professionnel et scientifique, pour l’intérêt de tous et le souci de ne pas donner exclusivement la parole aux mêmes nations et de démontrer que l’innovation et l’ingéniosité peuvent émerger quel que soit le contexte social, professionnel, technologique. Voici une question à laquelle il serait intéressant de répondre : dans quelle mesure le Congrès de l’IFLA incite-t-il les pays du Sud à calquer les solutions du Nord (avec toutes les implications économiques et commerciales que cela suppose) plutôt qu’à développer leurs propres modèles ? Les échanges sont toujours intéressants mais pas toujours sans risques…

Ma première impression est que la Section qui est l’échelon le plus bas de l’organisation mais aussi l’unité de base sur le plan scientifique n’est pas pleinement irriguée par l’intense réflexion organisationnelle qui vise l’IFLA dans son ensemble. Certes, il existe de grandes différences entre les Sections. Au sein de la mienne (Publications en série et autres ressources continues), j’ai observé un fort désir de coopation. Nécessairement, ce sont les membres présents lors des réunions des Sections qui peuvent proposer des candidats et bien évidemment chaque membre est tenté de faire venir un compatriote. Je pense que le Cfifla pourrait peut-être jouer un rôle en oeuvrant pour que les membres des Sections soient en mesure de proposer le nom d’un candidat francophone. De même, dans la lettre de la Section censée refléter les initiatives intéressantes par pays, seuls sont concernés, me suis-je laissé dire, les pays représentés dans la Section. Je me suis demandé enfin pourquoi le système du « president elect » n’était pas reproduit à l’échelon de la Section. J’ai en effet observé lors du passage de témoin entre l’ancien président de Section et l’actuelle présidente un manque de coordination flagrant qui a des conséquences néfastes pour la Section  : l’organisation d’un pré-Séminaire exige par exemple le respect de certains délais.

Autre découverte : j’avais en venant à l’IFLA dans l’idée que les seuls critères de sélection des communications étaient d’ordre scientifique. Je me suis rendu compte que les choses étaient un peu plus compliquées. Il y a des facteurs diplomatiques (certains champs étant l’apanage d’une personne habilitée à traiter du sujet), des facteurs de représentativité (une nation ne peut décemment monopoliser la parole…), des facteurs locaux (lors de certains Congrès, on privilégie les thématiques liées à la zone géographique).

Langue, culture et politique à l’IFLA

Le cadre fortement ritualisé de l’IFLA fait croire à l’existence d’un microcosme (le monde des bibliothèques) partageant, très confraternellement, des valeurs et des préoccupations similaires. La réalité est tout autre.

Je m’imaginais très bien en train de deviser avec un bibliothécaire javanais autour d’un capuccino. Mais j’ai découvert paradoxalement que l’IFLA constituait une merveilleuse opportunité de parler avec des personnes que je croise quotidiennement à la cantine de la BnF sans leur adresser un mot.

On se rend bien vite compte que l’on ne parle pas javanais ou que la variété d’anglais que parle le bibliothécaire javanais est plus proche du javanais que de l’anglais d’Oxford, sans compter que le capuccino n’est peut-être pas la « tasse de thé » du bibliothécaire javanais…

Ce type de rencontre spontanée est rarissime. Pour que la communication s’établisse, plusieurs conditions doivent être remplies : le partage d’une langue véhiculaire, un objet d’intérêt commun, un cadre formel circonscrit (d’ordinaire l’espace de la Section ).

D’un côté, il y a l’universalisme des valeurs affirmées par l’IFLA. De l’autre, il existe un grand contraste entre des sections excentrées, périphériques, centrées sur le social et des sections en relation avec les derniers cris de la technologie, qui occupent sur une position plus centrale sur la carte de l’IFLA. L’IFLA n’est pas le lieu de la synthèse. D’une section à l’autre, la conception de l’ « usager » (hissé au statut de bénéficiaire ultime des efforts bibliothéconomiques) est susceptible de varier de manière radicale. À l’heure où certains envisagent l’usager dans un rôle très actif (et si cela ne suffit pas, proactif) de fournisseur d’information à la bibliothèque, dans le cadre de la réflexion sur le web 2.0. (et si cela ne suffit pas, 3.0.), d’autres (à FAIFE) envisagent l’usager africain comme un récepteur passif dont il s’agit de transformer le comportement sexuel (pour lui épargner de contracter le sida ou de contaminer d’autres personnes). Le bibliothécaire congénitalement habité par le désir de guérir les maux de la société se retrouve en position de guérisseur des usagers, débat à l’infini des vertus curatives des technologies de l’information et de la communication et constate, un peu dépité, une recrudescence de l’épidémie. Le fait de considérer l’usager comme un malade (au moins potentiel) n’est pas sans conséquences et va à l’encontre de la doctrine de l’ « empowerment. » Le bibliothécaire est prêt à assister l’usager au risque de l’infantiliser, à l’inciter à changer son mode de vie mais s’interpose entre la dimension sociale et la dimension politique (information sur la gestion politique de l’épidémie, sur les pratiques des firmes pharmaceutiques). L’usager est perçu comme malade avant tout.

Il n’est pas surprenant que la multiplication des théories sur ce qu’il conviendrait de faire ne parvienne pas à endiguer l’épidémie. Elles se fondent majoritairement sur l’idée que l’outil (nouvelles technologies de l’information) est capable par son pouvoir intrinsèque (et pour tout dire quasi-magique) de changer les comportements des usagers. Le vocabulaire employé est ici assez révélateur : il s’agit, dans une conception behavioriste particulièrement désuète, qui entend « transformer le comportement ou la pratique sexuelle des individus ». Ce qui est évacué, c’est la notion de désir sexuel, c’est-à-dire ce qui échappe par définition à toute prévision, à toute objectivation, à toute formalisation. Il est évidemment assez comique de mettre en regard le message transmis et l’interprétation, parfois très libre, du message par celui qu’il visait…

L’angélisme du bibliothécaire est soumis à rude épreuve. Sa foi est ébranlée. Il s’en est remis à la panacée des nouvelles technologies comme certains s’en sont remis à des solutions simplistes (abstinence). Il est même légitime de se demander si les nouvelles technologies sont un moyen bien approprié de diffuser l’évangile de l’abstinence vu que ces nouvelles technologies sont notoirement connues pour favoriser la gratification immédiate et instantanée des moindres désirs de l’usager… Le bibliothécaire découvre, interloqué, que le rapport d’un usager à l’information est un peu plus complexe que le rapport d’un consommateur au produit consommé. Un usager peut ainsi très bien rechercher de l’information sur la malaria pour se voiler la face sur son état réel de malade infecté par le VIH.

Le bibliothécaire a l’air de tomber des nues en s’apercevant qu’il ne suffit pas de donner de l’information en pâture aux usagers. Les enquêtes montrent qu’il n’existe pas un rapport linéaire entre la quantité d’informations diffusées aux populations concernant le sida et les courbes statistiques relatives à l’épidémie. La difficulté réside en fait dans l’ambiguïté du terme « information », ambiguïté fort bien connue mais que le bibliothécaire semble redécouvrir chaque fois à nouveaux frais : habitué dans sa profession à désigner par ce terme la masse des ressources documentaires, il en oublie ce qui « fait information » pour les usagers. Cela fait longtemps pourtant que les cybernéticiens ne qualifient d’information que la part non redondante (ou perçue comme telle) d’un message à l’autre. Comment s’étonner dès lors qu’après une phase d’efficacité, toute campagne contre le sida finisse par ne plus produire les effets qu’elle produisait au départ ? Nouvelles technologies ou pas (on confond en l’occurrence l’outil et le message), les méthodes linéaires trouvent rapidement leur limite. Il ne s’agit pas de bombarder l’usager d’ « informations » mais de renouveler sa capacité d’attention. Il ne s’agit pas de le guérir mais de le mettre en situation de comprendre et d’agir.

On aurait tort de croire que la conception d’usager passif sévit uniquement dans les pays du Sud. L’usager est commodément réduit à une série de « besoins » qui ne sont parfois que des préférences construites. Dans son introduction aux présentations sur les bibliographies nationales à l’ère de l’électronique, Ingrid Parent reconnaissait par exemple que l’usager continuait à être un grand inconnu. D’après elle, peu d’études auraient été menées sur les usages des bibliographies nationales alors même que les bibliographies nationales existent depuis fort longtemps...

L’idée d’usager contributeur, d’usager co-constructeur des services de bibliothèque, en bref d’usager actif heurte de plein fouet le rôle de légitimation de l’information que les bibliothèques se donnent traditionnellement. Je me suis posé concrètement la question de savoir ce que la prise en compte de l’apport d’usagers actifs pourrait changer dans les procédures actuelles du Centre ISSN France. Une partie du travail consiste à corriger l’information bibliographique de notices BnF qui servent à alimenter le Registre international de l’ISSN à partir des indications et des pièces justificatives fournies par le réseau Sudoc-PS concernant en particulier des périodiques dont tout ou partie de la collection est détenue par une ou plusieurs bibliothèques universitaires du réseau. Il arrive fréquemment que des informations bibliographiques (date de début de publication par exemple) fassent malgré tout défaut. Dans l’hypothèse d’un usager actif, il serait possible de se fonder aussi sur les pièces justificatives fournies par les usagers eux-mêmes, partant du principe que la plus grande bibliothèque « virtuelle » est peut-être constituée par les fonds détenus par l’ensemble des usagers… Rien n’empêche (au contraire) qu’un usager dispose de l’information qui fait défaut à la fois au réseau Sudoc et à la Bibliothèque nationale de France.

Il y a deux versants dans le discours des bibliothèques sur le web 2.0. D’un côté, on concède que l’usager peut jouer effectivement un rôle plus actif. De l’autre, on conserve dans ses schémas de pensée l’obsession d’un ciblage optimal des usagers d’aujourd’hui et de demain. Le fait de chercher à mieux connaître les habitudes et les pratiques des internautes n’est pas prétexte à renforcer l’activité et la participation des usagers mais sert plutôt à développer une approche plus agressive vis-à-vis des « cibles » que constituent les usagers. À partir de la connaissance des pratiques des internautes (sites favoris, usages variés), l’idée est de repérer les chemins régulièrement empruntés par les usagers et de leur mettre sous le nez, à tous les coins de leur parcours labyrinthique un « morceau de fromage » émanant des bibliothèques (de l’usager comme rat de laboratoire…) et en rapport avec son activité ou son intérêt du moment. Puisque l’usager ne va plus à la bibliothèque, c’est la bibliothèque qui va à l’usager et quémande l’attention (et peut-être, mais c’est moins sûr) l’intérêt de l’usager. Dans un environnement particulièrement concurrentiel, on comprend que la bibliothèque cherche à s’imposer à l’usager. Je me dis simplement que l’usager a intérêt d’aimer le fromage…

On ne peut qu’être impressionné à l’IFLA par l’importance des enjeux linguistiques. Le Congrès de 2007 a reconnu l’arabe et le chinois comme langues officielles de l’association. Pour autant le combat de la France pour la diversité linguistique apparaît d’ores et déjà comme une cause perdue. Nul ne conteste à l’anglais le rôle de langue véhiculaire dans les réunions de section. Mais déjà à ce niveau il est manifeste qu’un rapport de force s’installe par le biais de la langue.

Ce qui n’est pas reconnu, et qui devrait l’être, c’est plutôt le droit pour chaque auteur d’une présentation de s’exprimer dans sa langue maternelle. L’interprétation simultanée des présentations n’est pas automatique, pas plus que l’annonce préalable par la présidence de séance qu’il convient de se munir d’écouteurs pour écouter une présentation qui sera faite dans une autre langue que l’anglais.

Suite à une remarque non dénuée de mauvais esprit de ma part, le procès-verbal de la seconde réunion de ma section indique que si les participants ne restent pas dans une salle où l’intervenant s’exprime dans une autre langue que l’anglais, c’est l’impolitesse des individus qui est en cause, non la politique linguistique de l’IFLA.

Si tel est le cas, je me dis alors que ces bibliothécaires sont incapables de faire cela même qu’ils demandent aux non-usagers. Franchir la porte d’une bibliothèque et acquérir les codes nécessaires est en effet bien plus difficile que d’écouter une présentation dans une autre langue que la sienne…

Rares, il faut bien le dire, sont les nations prêtes à relever le défi linguistique. Outre la France, seule l’aire hispanique paraît réellement concernée. Il sera intéressant de voir si l’accroissement du nombre de francophones au governing board de l’IFLA aura un quelconque effet sur une association culturellement très anglo-saxonne.

On a en tout cas toujours tendance à sous-estimer la diversité culturelle. Il a par exemple été question à Durban de l’enchevêtrement et de l’imbrication des archives. La directrice de la bibliothèque de Namibie précisait ainsi que « leurs archives (c’est-à-dire celles appartenant à l’ancienne puissance coloniale, à savoir l’Allemagne) étaient aussi les nôtres. » Plusieurs sessions ont abordé le problème de la restitution de certaines pièces d’archive et, comme si cela allait de soi, de l’accès du plus grand nombre à cette mémoire. Il s’est cependant trouvé quelqu’un pour indiquer que si l’on restituait les archives à certaines peuplades d’Afrique, celles-ci s’empresseraient de les enterrer (au lieu de les montrer) ! Il y a là certainement matière à réflexion !

Principales orientations du Congrès IFLA de Durban

Un survol du titre des communications permet d’identifier les thématiques récurrentes ou émergentes. Les interventions successives des hautes instances de l’IFLA ont également mis en vedette certaines problématiques en les articulant à la fois au thème du président Alex Byrne (« Partnership ») et à l’intitulé du Congrès (« Libraries for the future : progress, development, partnerships »).

Le lieu où se tenait le Congrès a enfin déterminé en grande partie la coloration de l’événement. Ceci dit, la structure organisationnelle de l’IFLA garantit une relative autonomie à chaque section (ou division) qui interprète, décline et adapte les slogans (ou mots d’ordre) en fonction de ses propres préoccupations.

Il est difficile d’isoler et de présenter en termes simples des problématiques qui sont enchevêtrées de manière complexe. C’est la manière dont ces problématiques ont été abordées, davantage que leur intitulé, qui mérite examen.

Coopération, partenariat, co-développement etc.

Les relations Nord-Sud ont bien entendu constitué la trame essentielle du Congrès de Durban. Il s’agit principalement de résoudre le déséquilibre tant du point de vue de la production que de la consommation de savoir. Certains projets bien intentionnés posent cependant un certain nombre de problèmes.

Dans le domaine des publications en série, une communication avait ainsi pour titre : « Access to African published research : the complementary approaches of NISC SA and African Journals Online. »

La présentation a consisté dans la juxtaposition de 2 modèles d’offre d’accès à des publications produites en Afrique ou sur l’Afrique, l’un payant (NISC SA), l’autre gratuit (AJOL). Le problème, c’est que jamais n’a été abordée sur le fond la question de la complémentarité affichée dans le titre de la communication.

Pire, la représentante de NISC SA a avoué que l’accès était dans les faits et pour des raisons de coût très majoritairement réservé au continent nord-américain.

Au final, on percevait très bien la manière dont peut se recréer (ou se perpétuer) la fracture qu’on avait l’intention de résorber au départ.

Numérisation des archives

Il était fascinant d’entendre les enjeux politiques et mémoriels liés aux archives des luttes de libération de la bouche de figures de la résistance à l’Apartheid ou au pouvoir colonial.

La directrice de la Bibliothèque nationale de Namibie a détaillé les efforts visant à recueillir, à reconstituer, à rapatrier les archives de l’époque antérieure à l’indépendance du pays ainsi que les difficultés rencontrées.

La numérisation a été présentée comme le moyen de donner accès aux archives et donc de donner sens à l’entreprise de préservation et de conservation de ces mêmes archives.

Certains projets présentés à Durban appelaient cependant la critique.

La question centrale est la suivante : où finit la construction de l’archive et où commence l’interprétation et l’usage (souvent contestable) de l’archive ?

Certaines formes d’accès tendent à dénaturer l’archive ou à la rendre caricaturale.

Le projet DOXA cède à la fascination technologique. L’utilisateur tout-puissant peut se projeter ainsi dans le passé sombre de l’Apartheid en déplaçant le curseur sur une barre chronologique au bas de l’écran. Il peut visionner des événements vus à travers le regard des médias officiels de l’époque (par exemple l’assassinat par la Police de militants noirs anti-Apartheid déguisé en riposte à un guet-apens tendu aux forces de l’ordre) mais aussi à travers le regard plus objectif des médias occidentaux, entendre le récit des proches des victimes, entendre les auditions devant la justice, et même admirer une vue à 360° du cimetière à partir de la tombe d’un des victimes. L’interface ne permet pas d’interroger les archives. C’est elle qui dicte le récit. L’utilisateur, placé en surplomb, est en quelque sorte piégé par l’organisation de l’accès à l’archive.

En somme, on ne donne pas accès à l’archive, on en structure surtout l’interprétation.

De même, il était intéressant d’entendre de la bouche d’une Sud-africaine comment un projet essentiel pour son pays (DISA pour Digital Imaging South Africa) qui entendait donner accès aux publications en série relatives aux luttes de Libération  a été passablement dévoyé par le biais de contraintes imposées par le mécène (Fondation Mellon) (l’intervenante démontrait notamment comment des choix technologiques finissaient par avoir des conséquences politiques au sens fort du terme). La question de l’accès est fondamentalement liée à celle du destinataire. L’intervenante se plaignait ainsi du fait que le projet, conçu au départ pour bénéficier aux citoyens d’Afrique du Sud, était au final formaté pour des étudiants états-uniens de premier cycle…

Web 2.0

Le vent défrisant du Web 2.0 a soufflé sur les discussions autour du catalogue et des bibliographies nationales par exemple. Mais la querelle des anciens et des modernes n’a pas véritablement eu lieu. Les promoteurs de Web 2.0 ont fait leur promotion sans véritables contradicteurs (alors qu’il n’en manque pas à l’extérieur du monde des bibliothèques).

J’ai préféré l’approche prudente de ceux qui entendent évaluer l’apport, par exemple, de ce qu’on nomme les « social tags » que l’enthousiasme idolâtre des promoteurs du Web 2.0 (qui suggèrent néanmoins d’intéressantes pistes à exploiter).

D’une section de l’IFLA à l’autre, on constate que le discours sur l’usager et la représentation de l’usager change radicalement. Il n’était pas possible de se rendre à Durban sans assister à la séance FAIFE consacrée au problème du SIDA dont on connaît l’importance en Afrique du Sud.

Alors que les séances autour du Web 2.0 développaient l’idée d’un « usager qui génère des contenus », la séance FAIFE soulignait le rôle des bibliothèques dans la transformation des pratiques et des comportements, l’usager étant réduit au statut de cible du message. Comment s’étonner dès lors de l’échec et de l’inefficacité de la lutte anti-SIDA ? Comment s’étonner que le théâtre (qui permet aux personnes d’être en position d’acteurs tout en mettant les situations à distance) soit l’un des moyens les moins inefficaces ? Quelqu’un est intervenu pour dire qu’il était temps d’arrêter d’empiler les théorisations les unes sur les autres et de recourir aux méthodes de propagande bien éprouvées au cours du 20ème siècle…

Local / global

S’il fallait ne retenir qu’un thème sous-jacent, ce serait celui du rapport (absent ou difficile) entre le local et le global, entre les savoirs indigènes et les savoirs exogènes. D’une manière ou d’une autre, le thème a été décliné tout au long du Congrès. Pour ne prendre qu’un exemple, lors de la séance consacrée à la section Acquisition et développement des Collections, une représentante d’OCLC présentait une méthode d’analyse « top-down » alors qu’un autre intervenant parlait d’approche paysagiste des collections selon une conception « bottom-up ». La véritable question, c’est comme l’a souligné un membre de l’assistance, c’est l’articulation entre les deux types d’approches.

Au-delà de la célébration des cultures lors de l’ouverture du Congrès, la différence culturelle ou la contradiction (de quelque nature qu’elle soit) sont au fond solubles dans ce genre de manifestation.

Implication lors du Congrès de Durban

En tant que nouvel élu au comité permanent de la section « Publications en série et autres ressources continues », mon premier objectif était de faire le point sur les activités de la section (vu la pénurie d’informationsrécentessur le site de l’IFLA), d’identifier les acteurs principaux et de repérer les axes thématiques.

Le renouvellement des « officers » (président de section, secrétaire) a fait l’objet d’une élection formelle dans la mesure où la désignation des personnes à ces fonctions récompensait un investissement personnel à long terme, notamment dans l’organisation de la conférence satellite qui avait précédé le Congrès.

Il aurait été présomptueux et hors de propos de présenter sa candidature dans ces circonstances. Il paraît cependant envisageable de viser le poste de chargé de communication quand il se libérera.

J’ai saisi d’autre part l’opportunité qui m’a été proposée de jouer un rôle dans l’organisation de la session lors du prochain Congrès. Je fais partie d’un groupe de 3 membres qui a reçu pour tâche de définir l’appel à communications pour Québec, de solliciter des intervenants et de sélectionner les présentations. Dans cette perspective, une première réunion de travail a eu lieu à Durban.

Suite à la réflexion sur le contenu de la Newsletter de la section, je me suis engagé à alimenter pour la France le « Rapport par pays » des activités, projets ou événements concernant les ressources continues.

Les réunions de section sont aussi l’occasion de découvrir les nouveaux ouvrages qui, notamment dans les pays anglo-saxons, stimulent la réflexion dans le domaine des ressources continues. Il serait intéressant par exemple de faire la recension du titre suivant : Helen Heinrich, E-journal Invasion: a Cataloguer's Guide to Survival . Il semble particulièrement important d’être en phase sur ce point avec les membres les plus influents de la section.

Inversement, le travail associant depuis plusieurs années une multiplicité d’acteurs (clients, éditeurs, intermédiaires) autour de la gestion des abonnements aux périodiques (voir site du GFII) mériterait d’être porté à la connaissance d’un public international, et en premier lieu francophone.

Il y a beaucoup à dire sur l’articulation entre pré-séminaire et Congrès IFLA. Ma rencontre avec Marie-Joëlle Tarin (Sorbonne), membre élu au Comité permanent de la Section mais absente à Durban, m’a permis d’évoquer face à un Comité permanent clairsemé, plusieurs sources de difficulté : en premier lieu, les membres élus peinent à obtenir le financement de leur séjour pour le Congrès IFLA. Les pré-séminaires sont à plus forte raison hors de portée pour bon nombre d’institutions. La conséquence est l’émergence d’un système à 2 vitesses dont on a eu cette année en Afrique du Sud un exemple caricatural. D’une part, il y a eu un pré-séminaire avec des communications de haut niveau émanant exclusivement d’intervenants anglo-saxons et à destination d’un public anglo-saxon. D’autre part, la séance de la Section au Congrès de Durban était consacrée exclusivement à des thématiques régionales, africaines en l’occurrence (3 des 4 présentations faisant état d’initiatives nord-américaines ou internationales…). Il est nécessaire de proposer un fonctionnement dans lequel la session de la Section au Congrès de l’IFLA reprendrait et prolongerait les axes de recherche développés lors du pré-séminaire (soit de l’année en cours soit de l’année précédente). Il me semble essentiel d’établir au minimum ce genre de passerelle. Il me semble au contraire néfaste d’adopter une répartition systématique entre un pré-séminaire réservé à des questions scientifiques et techniques et une session principale réservée à des questions régionales.

J’ai défendu en comité permanent la publication dans l’IFLA Journal de la communication de Michelle Pickover sur le projet DISA (Digital Imaging South Africa) que j’ai traduite pour la section. Mon argument a été de dire qu’une présentation orale ne rendait pas justice au contenu de la présentation. En réalité, il s’agissait de la seule présentation un tant soit peu critique de la session (les autres étant le fait de projets institutionnels, à but lucratif ou non lucratif). L’auteur, universitaire sud-africain, démontait la manière dont par le biais des choix technologiques et des contraintes imposées par le mécénat un projet (de numérisation des archives des luttes de libération en Afrique du Sud) pouvait être détourné pour finalement servir davantage le public des étudiants américains de premier cycle que l’intérêt des citoyens sud-africains. 

J’ai suggéré enfin quelques points d’amélioration à propos du déroulement de la session de la Section. Il me semble qu’il est de la responsabilité des organisateurs de la session de préparer pour chaque présentation (et en l’absence de questions de l’auditoire) une question de fond, susceptible de fournir un contrepoint ou de susciter l’envie de débat. J’ai remarqué par exemple que certaines communications posaient des questions flagrantes mais qu’à cause de la timidité ou d’un mauvais maniement de l’anglais, ces questions n’étaient en fait jamais posées à l’issue de la session…

En conclusion, je voudrais remercier le Comité français de m’avoir permis de vivre cette expérience professionnellement et humainement très enrichissante. Certes, on revient de son premier Congrès avec l’impression de n’avoir aperçu qu’un infime fragment de l’iceberg. Mais déjà le travail post-Congrès a commencé par le biais d’échanges de courriers électroniques pour le nouveau membre de comité permanent que je suis. L’IFLA, m’a-t-on dit, c’est toute l’année…

Philippe Cantié